association des amis de la civilisation hittite
Le XIIème siècle vit la disparition du puissant empire hittite. Beaucoup de découvertes récentes ont conduit à forger une vision plus détaillée de cette période. Singer a, en effet, montré que la tablette KBo IV 14, compte rendu d'une défaite hittite, peut être attribuée à Tudhaliya IV. Ce dernier aurait donc été défait par Tukultî-Ninurta I lors de la bataille de Nihriya, à l'est de l’Euphrate. Le roi assyrien avait donc bien marqué la zone d'influence de son empire. La situation était alors catastrophique pour le Hatti qui, pressé de toutes parts dut faire d’exhorbitantes concessions à Kurunta, roi du Tarhuntassa, qui s’attribua par la même occasion «la royauté d'Hattuša» (J. D. Hawkins, Conférence...). Šuppiluliuma II affirme avoir ramené le Tarhuntassa à la raison mais cet État survécut à sa défaite. Ainsi, tout comme le firent les rois de Karkemiš, les rois du Tarhuntassa s’attribuèrent les titres des souverains de Hattuša.
L’Empire a sans doute beaucoup souffert de sa lutte contre le Tarhuntassa tandis que ses territoires côtiers étaient dévastés par les «Peuples de la mer». Quant à savoir qui enleva Hattuša des Gasgas ou des Muški, la question reste ouverte. Quoiqu’il en soit, l’Empire de Šuppiluliuma avait vécu.
L’Égypte de Ramsès III fut confrontée à ce qu’elle appela «les Peuples de la mer» qui furent stoppés tant sur terre que sur mer par le pharaon.
Quoiqu’il en soit, à partir de cette période se met en place une géopolitique bien différente des siècles précédents qui a conduit Assyriens et Néo-hittites à se trouver en contact du XIIème au VIIème siècle avant notre ère.
Les recherches récentes font remonter la documentation néo-hittite du Xème au XIIème, certes par l'apport de nouvelles sources mais aussi par de fines réinterprétations de celles dont nous disposons déjà. Bien que la période traitée ici prend tout son sens, d’un point de vue assyrien, à partir des Xème et surtout IXème siècles il ne faut pas négliger, dans le cadre d'une étude des Etats néo-hittites toutes ces données actuelles.
Après le meurtre de Tukultî-Ninurta Ier, vers 1208, il fallut attendre un centaine d’années pour qu’un roi assyrien franchisse à nouveau l’Euphrate.
Le dernier roi de la période médio-assyrienne à pouvoir agir hors de ses frontières est Tiglath-phalasar Ier (1114-1076). Il fut à même de détourner la pression que les Muški, s'infiltrant par les anciennes terres de l’Alše (ou Alzi), faisaient peser sur l'Assyrie, dégageant ainsi son pays d’une menace mortelle. Il protégea et étendit ainsi les frontières septentrionales de l’Assyrie. Puis, ses actions se tournèrent vers un autre théâtre d’opération:
Je marchai contre les Ahlamû-Araméens, ennemis du dieu Aššur mon seigneur. En un jour je fis une incursion depuis les abords du pays de Suhi jusqu'à Karkemiš du pays de Hatti. Je leur infligeai des pertes et ramenai des prisonniers, des biens et des troupeaux innombrables.
Sa campagne paraît aisée et il en profite pour faire payer tribut au Hatti. Toutefois, la situation était peut-être moins nette qu’il ne le semble dans cette inscription puisque l’Assyrien dit lui-même, plus tard:
Vingt-huit fois, derrière les Ahlamû-Araméens, je traversai l’Euphrate, à raison de deux fois par an.
Tiglath-phalasar part du pays de Hatti. Il ne s’agit plus ici de l’empire anatolien des siècles précédents mais d’une zone géographique, plus ou moins floue désignée ainsi par les Assyriens eux-mêmes. L’Etat hittite n’existe plus, toutefois, les dispositions de Šuppiluliuma concernant la Syrie du nord ont partiellement survécues aux invasions du début du XIIème siècle. Ainsi, ce que les Assyriens appellent Hatti n’est autre que le royaume de Karkemiš étroitement associé à Melîd ce qui correspond au nord de la grande boucle de l’Euphrate. Il est très probable que l’on puisse rajouter à cette vaste entité géographique, jusqu'à la fin du Xème ou au début du IXème siècle le royaume de Til Barsip alors dénommé Masuwari.
L’empire hittite avait éclaté en plusieurs royaumes dont les plus puissants viennent d’être évoqués. Ils ne sont pas les seuls. Le long du Taurus, en Turquie du sud ou Syrie du nord, ils sont nombreux: Hilakku, Que, Sam’al, Tabal, Gurgum, Kummuh, Unqi, Hamath. Ces royaumes sont d’inégales importances politiques. J. D. Hawkins distingue trois types de cultures:
1-Les États à caractères majoritairement hittites: Karkemiš, Gurgum, Malatya (Melîd), Kummuh, Unqi.
2-Les États à population mixte: Que, Sam’al, Til Barsip, Hamath.
3-Les États à caractères majoritairement araméens tels que Damas ou Arpad.
Les Assyriens, à partir de Tiglath-phalasar Ier, établissaient une différence entre ces deux systèmes de peuplement par les désignations:
KUR Aram, pays d’Aram et KUR Hatti, pays de Hatti. En pays Hatti l’ancien hittite, ou nésite, n’est plus écrit. Il est remplacé par la langue luvite écrite en hiéroglyphes dont les nombreuses inscriptions lapidaires témoignent de la vitalité de la culture néo-hittite.
L’histoire des royaumes néo-hittites a été largement renouvelée et complétée depuis une dizaine d’année par les travaux, entre autres chercheurs, de J. D. Hawkins. Ainsi, il a mis en évidence l’existence d’un bloc Malatya-Karkemiš, pays de Hatti, prédominant dans la région au début de la période (XIIème Xème siècles). Tiglath-phalasar Ier leva tribut à Karkemiš dirigée alors par Ini-Teššup. On peut constater à cette occasion la persistance de la tradition hittite de donner des noms hurrites aux souverains de Karkemiš. Par ailleurs, la dynastie d’Ini-Teššup était bien celle mise en place par Šuppiluliuma. Enfin, à la lumière de ces données, il est possible de mettre fortement en doute la chute de cette ville face aux invasions des «peuples de la mer» comme l’avait signalé Ramsès III. La ville propose bien une solution de continuité de 1200 à 900 et symbolise la culture néo-hittite aux yeux des Assyriens puisque Ini-Teššup était désigné comme «roi du Hatti».
Malgré ses brillantes campagnes, Tiglath-phalasar ne put maintenir une vive pression dans le secteur syrien. Les Araméens commençaient à être un réel danger pour le royaume assyrien en guerre de toutes parts avec ses voisins. La fin du règne du grand monarque ne fut pas à la hauteur de ses débuts. En effet, une crise économique semble s’être abattue sur le pays dans les années 1082-1081. Les Araméens commencèrent dans le même temps à s’infiltrer en Assyrie dont une partie de la population cherche refuge dans le pays de Kirruri, à l’est d’Arbeles. Les Araméens allèrent même jusqu'aux remparts de Ninive alors que Tiglath-phalasar devait se réfugier dans les montagnes du Katmuhi. Ses successeurs eurent des règnes brefs. Pourtant, et malgré la relative absence de documents, la dizaine de rois qui se succédèrent de 1075 à 935 réussirent à maintenir le pays dans une certaine cohésion. L’absence même de problèmes dynastiques est révélateur des capacités d’Assyrie à affronter les dangers du temps.
Plus à l’ouest, les royaumes néo-hittites furent confrontés aux mêmes infiltrations araméennes. Une ligne de résistance efficace s’est créée de Karkemiš à Hamath. Au tournant du Xème siècle, parfois un peu avant, se mirent en place des royaumes araméens: Bît Zamani, Bît Bahiani, Bît Halupe, Bît Adini, Bît Agusi et Sam’al tomba sous la domination araméenne devenant le Bît Gabbar. Il y eut donc une réelle concurrence de ces royaumes entre eux. Toutefois, et c’est bien ce qui importe ici, les Xème et IXème siècles virent le retour offensif de l’Assyrie tant à l’est qu’à l’ouest.
En effet, progressivement, les souverains assyriens s’assuraient de nouveau du bon contrôle des zones frontalières de leur pays. Adad-nirârî II (912-891) fit campagne en 899 contre le Hanigalbat, nom géographique englobant toujours l’ancienne région mitannienne sous domination assyrienne du millénaire précédent. Il est le premier à parler de l’implantation d’un nouveau royaume araméen dans le sud de la boucle de l’Euphrate: le Bît Adini. J. D. Hawkins a démontré que la ville de Til Barsip, qui devint capitale du royaume araméen, était l’ancienne Mazuwati du temps de Šuppiluliuma Ier qui devint au premier millénaire Masuwari sous la domination d’une dynastie néo-hittite dont le premier membre connu est Hapatilas. Elle se serait certainement émancipée de Karkemiš au tout début du Xème siècle. Quoiqu’il en soit, Adad-nirârî II constata le changement de pouvoir dans ce secteur sans toutefois préciser que Masuwari était déjà tombée entre les mains des Araméens. Il est fort à penser que cela ne se fit qu’ultérieurement. Quoiqu’il en soit, le roi du Bît Adini paya tribut à l’Assyrien juste après la conquête de Huzirina, au nord de Harran, preuve que la puissance assyrienne recommençait à peser à l’ouest.
De fait, les perspectives d’avenir pour les Etats néo-hittites aux Xème et IXème siècles étaient assez différentes selon les régions. Ainsi, Hamath et Unqi devaient faire face aux convoitises de leurs nombreux voisins, Hamath payant d’ailleurs tribut au roi David d’Israël après que ce dernier eut vaincu Hadad-ezer roi de Zobah. Les Araméens pénétrèrent profondément en territoire hittite à partir du Xème siècle. Avant 973, ils se sont attaqués aux territoires en bordure des royaumes de Karkemiš et d’Assyrie, allant donc jusqu'aux abords de Masuwari. La capitale du Sam’al, Ya’diya, tomba vers 920 pour laisser place à un État araméen. Un siècle plus tard, c’était le tour de Hamath.
Durant les affrontements entre les deux grands États assyrien et hittites de la fin du deuxième millénaire, ces derniers avaient bloqué le chemin de la Méditerranée à leurs dangereux voisins. Quelques centaines d’années plus tard, la situation était toujours la même, les Assyriens ne pouvaient aller vers l’ouest en raison d’un certain nombre de royaumes hittites et araméens. La progressive disparition des États néo-hittite est imputable à la politique d’expansion assyrienne en direction de l’ouest. L’empire médio-assyrien avait vu ses frontières portées sur la grande boucle de l’Euphrate après la destruction du Mitanni. A partir d’Aššur-nasir-pal II (883-859) les rois assyriens renouèrent avec la volonté de porter leurs frontières à l’Euphrate. La raison de ceci, outre les aspects militaires que l’on verra, reposait sur le fait que les gués sur l’Euphrate représentaient des passages commerciaux importants. Lors de ses septième, huitième et neuvième campagnes, Aššur-nasir-pal II se trouva en conflit ouvert avec le Bît Adini dont il reçu le tribut du seul roi avéré pour cet État: Ahuni. Le nom de Til Barsip, pour l’ancienne Masuwari n’est attesté qu’à partir de Salmanasar III (858-824) aussi il est difficile de savoir quand elle passa des Néo-hittites aux Araméens. En 876, après une promenade militaire à travers des pays déjà subjugués, le seul acte de guerre du monarque assyrien fut la prise de Kaprabu, ville forte interdisant l’entrée dans le Bît Adini depuis l’est.
La neuvième campagne d’Aššur-nasir-pal II fut celle de la véritable ouverture de l’Assyrie aux régions de l’ouest:
Le huitième jour du mois Ayyaru, je partis de Kalhu. Après avoir traversé le Tigre, je me mis en route pour Karkemiš du pays Hatti et atteignis le Bît Bahiani (réception d’un tribut)... Repartant du Bît Bahiani, je m’approchai du pays d’Azallu (réception d’un tribut)... Repartant du pays d’Azallu, j’atteignis le Bît Adini. Je reçu le tribut d’Ahunu, homme du Bît Adini... Je pris avec moi les chars, la cavalerie (et) l’infanterie d’Ahunu.
Aššur-nasir-pal II renforce sa propre armée grâce aux troupes des tributaires.
Partant du Bît Adini, je traversai l’Euphrate, qui était en crue, sur des outres en peau de chèvre et atteignis le pays de Karkemiš.
La traversée, comme le pense M. Liverani s’effectua probablement au niveau de Til Barsip. Le fait que cette ville ne soit pas mentionnée invite peut-être à ne pas encore la considérer incluse dans le royaume du Bît Adini.
J’atteignis le pays de Karkemiš. Je reçu tribut de Sangara, roi du Hatti... Je pris avec moi les chars, la cavalerie et l’infanterie de la ville de Karkemiš. Tous les rois des pays vinrent à moi et prirent mes pieds.
Après avoir battu le Bît Agusi (dont la capitale était Arpad), il arriva à Hazazu une cité de Lubarna roi d’Unqi. Ce dernier paya tribut. Aššur-nasir-pal II alla ensuite en Phénicie, proie très alléchante.
Aššur-nasir-pal II avait ouvert la voie des conquêtes occidentales. Son fils et successeur, Salmanasar III lui emboîta le pas. Ce grand monarque assyrien semble avoir été fasciné par les terres au-delà de l’Euphrate. Il entreprit la destruction systématique du royaume du Bît Adini de 858 à 855. En 856, il enleva Til Barsip qu’il renommai Kâr-Salmanasar (Port Salmanasar). La boucle de l’Euphrate devenait alors assyrienne et le resterait jusqu'à la fin de l’empire. De 853 à 841, il mena une série de campagnes, loin d’être toutes couronnées de succès, contre le sud de la Syrie et l’alliance Hamath-Damas. De 840 à 831, il concentra ses attaques sur Que et les États du Taurus. De fait, les oppositions étaient nombreuses et, dès le départ du roi assyrien, les Etats rejetaient une soumission imposée. En effet, les résistances sont importantes. Ainsi, en 585 si Salmanasar peut battre Ahuni et imposer le tribut à Gurgum, il doit affronter une coalition araméo-hittite devant Lutibu. Elle est formée par Ahuni, Hani, roi de Sam’al, Sapalulma d’Unqi et de Sangara de Karkemiš. Bien que battue, la coalition donne l’exemple. Une autre alliance vit le jour avec, en plus, Que. Ce fut une nouvelle défaite. En 853, les États syriens furent plus heureux. Les rois de Comagène, de Melîd, de Sam’al, d’Unqi, de Gurgum et d’Alep font soumission. Pourtant, Salmanasar III est stoppé à la bataille de Qarqar sur l’Oronte et doit rentrer sans tribut. Quoiqu’il en soit, l’empreinte assyrienne fut moins marquante que semblent le sous-entendre de tels succès. En effet, il ne fut pas créée de province au-delà de l’Euphrate et Til Barsip, maintenant Kâr-Salmanasar marquait la véritable frontière du royaume d’Aššur.
Après la mort de Salmanasar III, des difficultés se font jour. La puissance assyrienne est remise en cause en occident. Les États syriens firent alliance avec le grand ennemi d’Aššur: l’Urartu. Plusieurs coalitions furent combattues jusqu'à l’arrivée de Tiglath-phalasar III en 745. Šamši-ilu, Turtân (général en chef) assyrien sous les règnes des fils d’Adad-nârârî III (qui avait réussi à vaincre le royaume de Damas), réussit, depuis «sa» ville de Til Barsip à contenir les ambitions syriennes des rois urartéens. Pourtant, c’est véritablement à partir de Tiglath-phalasar III (745-727) que se mit en place une politique de conquête systématique des territoires soumis jusque là simplement à tribut. Il créa ainsi de nombreuses provinces à l’ouest, détruisant États néo-hittites et araméens du sud de la syrie. Sargon II (722-705), après le court règne de Salmanasar V, continua à agir de la même façon. Les conquêtes assyriennes le portèrent à intervenir toujours plus loin et en particulier contre les États d’Anatolie et du Taurus. Tiglath-phalasar avait soumis la Syrie, Sargon II détruisit les cités néo-hittites du nord. En 717, sous prétexte d’une cessation de paiement de tribut, Sargon prit Karkemiš, mettant fin au plus prestigieux des États néo-hittites. Ainsi, si l’on suit J. D. Hawkins, il est possible d’établir comme suit la chronologie de l’extinction des États de Syrie et Palestine:
Arpad 743-740
Unqi 738
Damas 733-732
Israël 724-722
Hamath 738-720
Karkemiš 717
Hilakku 713
Queavant 710?
Melîd 712
Gurgum 711
Kummuh 708
Sam’al avant Assarhaddon?
Bien qu’il n’ait été question ici que de brefs aperçus chronologiques des relations essentiellement «diplomatiques» entre Hittites et Assyriens, il est évident que les interactions entre les deux peuples dépassèrent le cadre des rivalités politiques. Les conceptions que l’État assyrien se faisait de l’impérialisme et sa puissance de propagande furent très largement influencés par le grand empire hittite. L’art rupestre du premier millénaire fut, chez les Néo-Hittites très imprégné de la culture de leurs puissants voisins. Après Sargon, les références aux néo-hittites ne manquent pas. Ainsi, Sennacherib (705-681) utilisa des «barques hittites» construites par des «Hittites de Ninive» et des «Hittites de Til Barsip» pour sa campagne dans le Bît Yakîn (sud de la Babylonie). De fait, la Syrie était, et reste encore, une plaque tournante du Proche Orient tant économique, culturelle que politique. Ainsi, bien que l’on s’en soit tenu à des propos très généraux sur les relations entre Hittites et Assyriens dans cette aire géographique, il est particulièrement instructif d’étudier plus largement la Syrie, sous cette approche des échanges entre peuples, pour en percevoir toute la richesse et l’originalité, comme le fit Bryce.
Les souverains néo-assyriens
Aššurnasirpal II (883-859)
Salmanazar III (858-824)
Šamši-Adad V (823-811)
Adad-nârârî III (810-783)
Salmanazar IV (782-773)
Aššur-dan III (772-755)
Aššur-nârârî V (754-745)
Tiglath-phalasar III (744-727)
Salmanazar V (726-722)
Sargon II (721-705)
Sennacherib (704-681)
Assarhaddon (680-669)
Aššurbanipal (668-627)